Pas nécessairement la grève, mais la grève si nécessaire !
|
La grève comme moyen de pression Lorsqu'un employeur refuse de négocier les conditions de travail de ses employés ou négocie de mauvaise foi, les employés peuvent évidemment protester, faire des pressions ou même suggérer un boycottage des produits et services de l'employeur mais généralement, cela ne suffit pas et il faut recourir à des moyens de pression plus fermes. Le moyen traditionnel de pression est la grève. La grève peut être totale ou partielle, c'est-à-dire qu'elle affecte la totalité ou une partie des opérations de l'employeur. La grève peut également être illimitée ou limitée dans le temps, c'est-à-dire qu'elle affecte les opérations de l'employeur sans limite de temps ou durant une période limitée comme 24 heures ou 48 heures. La grève peut également prendre la forme d'un ralentissement de la production ou de la cadence dans l'exécution des opérations courantes de l'employeur. Il n'existe aucune forme de grève idéale en toute occasion; la forme de la grève et sa durée doit être choisie soigneusement en fonction des caractéristiques propres à l'employeur. Par exemple, la grève de 24 heures ou de 48 heures est probablement la forme de grève la plus pernicieuse et souvent la plus inutile et la plus inefficace, dans le secteur public. En effet, pour qu’une grève soit efficace, elle doit faire mal à l’employeur ; elle doit lui causer un préjudice sensible qui est mesurable. Dans une entreprise privée, une grève de 24 heures ou de 48 heures fait perdre des ventes à l’employeur et les clients qui se heurtent à une porte fermée ont le choix entre reporter leurs transactions à une date ultérieure ou se procurer les biens et services chez un compétiteur. Dans un tel cas, l’employeur prend le risque de perdre un certain nombre de clients et un certain nombre de ventes. Dans le cas de la fonction publique du Québec, non seulement une grève de 24 heures ou de 48 heures ne fait rien perdre à l’employeur mais en plus, elle lui permet d’économiser des millions de dollars en salaire que l’employeur n’aura pas à payer. De plus, les transactions qui n’auront pu être faites durant la période de la grève, seront donc reportées à une date ultérieure. Dans un tel cas, le gouvernement du Québec ne subit aucune perte. L'impact d'une de 24 ou de 48 heures Alors, quelle est l’utilité ou l’efficacité d’une grève de 24 heures ou de 48 heures dans la fonction publique au Québec ? L’utilité ou l’efficacité d’une grève de 24 heures ou de 48 heures dans la fonction publique au Québec est pour ainsi dire, nulle ! C’est un cadeau de plusieurs millions de dollars que le Syndicat de la fonction publique du Québec donne au gouvernement du Québec. J’appelle cela une grève « politiquement correcte » et « syndicalement incorrecte ». Le SFPQ téléphone au gouvernement du Québec pour lui annoncer une grève de 24 heures ou de 48 heures qui ne causera aucun dommage au gouvernement du Québec et ce dernier accueille cette annonce avec un grand sourire compte tenu de l’économie qu’il réalisera et de l’absence de dommages que cela causera au gouvernement du Québec. Je comprends que l’exécutif du SFPQ doit réagir à l’article paru dans le journal La Presse du jeudi 10 mars 2005 à l’effet que le Gouvernement du Québec entend geler le salaire des fonctionnaires pour l’année budgétaire 2005-2006, soit du 1er avril 2005 au 31 mars 2006, en dénonçant cette situation. Par contre, cette décision du gouvernement du Québec n’est pas une raison pour réagir sous le coup de l’émotion et prendre une décision qui ne fait pas partie d’un plan stratégique bien établi et qui prévoit un certain nombre de moyens de pression à utiliser à un moment précis. Non seulement, cette décision d’entamer une tournée des sections pour obtenir un vote de grève de 48 heures démontre un manque de préparation et de planification au niveau de l’exécutif du SFPQ mais en plus, elle démontre l’existence d’un vent de panique qui conduit l’exécutif du SFPQ à prendre des décisions qui s’intégreront dans la stratégie patronale et qui conduiront le SFPQ à se battre sur le terrain du gouvernement. À cela, je dis NON, NON et NON ! Ce n’est pas au gouvernement du Québec à dicter au SFPQ sa stratégie en matière de grève ou de moyens de pression ; c’est le rôle de l’exécutif du SFPQ d’élaborer une stratégie efficace de moyens de pression et de grève qui devront conduire peu à peu à une paralysie de la machine administrative du gouvernement du Québec. Il y a environ 18 mois, l’exécutif du SFPQ a obtenu un mandat pour une grève de 24 heures dans le cadre d’une coalition la plus large possible. Qu’a fait l’exécutif du SFPQ avec ce mandat ? [Haut]
Rien !
Pourquoi ? La valse des accréditations dans le secteur de la santé cause l'arrêt des négociations au SFPQ La raison est très simple ; l’exécutif du SFPQ s’est enfermé dans une stratégie tout a fait inapplicable en voulant coordonner sa stratégie minimaliste pour ne pas dire inexistante avec celle des grandes centrales syndicales que sont la Confédération des syndicats nationaux, la CSN avec ses 280 000 membres, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la FTQ avec plus de 500 000 membres et la Centrale des syndicats du Québec, la CSQ avec 170 000 membres dont 100 000 dans le secteur de l’enseignement. En effet, l’exécutif du SFPQ devait savoir que l’agenda de la CSN et celui de la FTQ, les deux principales centrales syndicales dans le domaine de la santé, étaient incompatibles avec l’agenda du SFPQ car l’agenda de la CSN et celui de la FTQ prévoyaient de régler la question de l’accréditation des employés du secteur de la santé avant de penser et de passer à la négociation. Il faut se rappeler que le 18 décembre 2003, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la Loi concernant les unités de négociation dans le secteur des affaires sociales et modifiant la Loi des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic. Cette loi établit les règles concernant les unités de négociation qui peuvent être constituées dans le secteur de la santé. Plus précisément, cette loi répartit les salariés en quatre grandes catégories de personnel. Elle précise qu’une seule association de salariés peut être accréditée pour représenter, au sein d’un établissement, les salariés d’une unité de négociation et prévoit qu’une seule convention collective peut être applicable à l’ensemble des salariés de cette unité de négociation. Ainsi, en adoptant cette loi, l’Assemblée nationale du Québec a réduit le nombre d’accréditations salariales autorisées dans les établissements de santé de 11 à 4 dont : 1° Personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires - Annexe 1 2° Personnel paratechnique, services auxiliaires et métiers - Annexe 2 3° Personnel de bureau, techniciens et professionnels de l’administration - Annexe 3 4° Techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux - Annexe 4 Pour obtenir plus de détails sur la Loi concernant les unités de négociation dans le secteur des affaires sociales et modifiant la Loi des conventions collectives dans les secteurs public et parapublicet comprendre les effets de cette loi dans le secteur de la santé compte tenu des centaines de corps d'emploi, cliquez ici. Mettons les choses au point : la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, la FIIQ, désire regrouper l’ensemble des infirmières, des infirmières auxiliaires, des inhalothérapeutes, des perfusionnistes, des puéricultrices et des techniciennes en circulation extracorporelle, c’est-à-dire les personnes identifiées à l’Annexe 1. Pour sa part, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) qui a accueilli près de 2000 nouveaux membres à la suite de la première vague de votes d’allégeance syndicale tenus dans 58 établissements, vise à regrouper les personnes identifiées à l’Annexe 4. Enfin, la CSN, par l'intermédiaire de la Fédération de la santé et des services sociaux, et la FTQ, par l'intermédiaire du Syndicat canadien de la fonction publique, se livrent une féroce bataille pour regrouper les personnes identifiées à l’Annexe 3 et à l’Annexe 4. L’ensemble du secteur de la santé comprend plus de 100 000 salariés qui paient des millions de dollars en cotisation syndicale et les grandes centrales syndicales sont intéressées à regrouper ces personnes en leur sein pour augmenter leurs revenus et leur pouvoir. Les votes d'allégeance syndicale se tiennent par vague à travers les différentes régions du Québec. En date du 18 mars 2005, deux vagues de vote d'allégeance sont terminées et il reste encore cinq vagues. La dernière vague de vote d'allégeance devrait se terminer au début du mois d'octobre 2005. Au terme de ses sept vagues, des votes d'allégeance auront été tenus dans 241 établissements représentant 96 % de l'effectif du réseau de la santé. Une dernière vague sera alors nécessaire pour finaliser les votes d'allégeance dans le réseau de la santé. Donc, les besoins du SFPQ ne pèsent pas lourds dans la balance et ne sont pas pris en compte par les grandes centrales syndicales. L’exécutif du SFPQ a enfin réalisé qu’il avait commis une erreur et a décidé de signer une alliance avec le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, le SPGQ, et la Centrale des syndicats du Québec, la CSQ. Bien que cette alliance soit plus réaliste qu’une alliance avec la CSN et la FTQ dans le contexte ou la CSN et la FTQ ne sont pas encore prêtes à négocier conjointement avec le SFPQ, le SPGQ et la CSQ, il n’en demeure pas moins que la CSQ est le gros joueur avec ses 170 000 membres dont 100 000 dans le secteur de l’enseignement, et que l’agenda de la CSQ qui est relié à l’année académique, est donc différent de celui du SFPQ. En résumé, le seul syndicat qui partage des intérêts communs importants avec le SFPQ est le SPGQ dont les 18 000 membres travaillent en majorité dans les mêmes secteurs dans lesquels le SFPQ est présent. De plus, il est évident que la CSQ ne sera pas en mesure d'en arriver à une entente avec le gouvernement du Québec pour le renouvellement de la convention collective des enseignants pour le mois de juin 2005. En effet, dans les circonstances actuelles, la CSQ sera pour ainsi seule à négocier avec le gouvernement car le SFPQ le SPGQ ne font pas le poids face à la puissance du gouvernement du Québec Enfin, le gouvernement n'offrira pas à la CSQ un règlement que les autres centrales voudraient utiliser comme base de négociation. En effet, pourquoi le gouvernement du Québec devrait-il faire deux ou trois rondes de négociation distinctes : une avec la fonction publique, une avec les enseignants et une avec le secteur de la santé? Une négociation de cette envergure demande tellement d'énergie et de temps qu'il faut, en toute logique, éviter de faire deux ou trois rondes de négociation s'il est possible de faire une seule ronde de négociation. De plus, une seule ronde de négociations permet d'éviter des grèves à répétition dans différents secteurs sur une très longue période de temps. Enfin, si "l'agitation sociale" perdure sur une trop longue période, le gouvernement du Québec se sentira légitimé d'adopter une loi spéciale pour mettre fin aux grèves et adopter un décret pour tenir lieu de convention collective et ainsi imposer des conditions de travail au nom de la "paix sociale" et de "l'intérêt supérieur" de la nation. En conséquence, il est évident que les négociations dites "sérieuses" avec l'ensemble du secteur public ne commenceront pas avant le milieu du mois de septembre 2005 et qu'elles ne prendront leur vitesse de croisière qu'au début du mois de novembre 2005 lorsque la valse des accréditations dans le secteur de la santé aura pris fin et que la CSN et la FTQ sauront quels sont les employées qu'elles représentent. Toute autre hypothèse est relativement irréaliste. Tout chef syndical dans la fonction publique, dans le secteur de l'éducation ou dans le secteur de la santé, qui soutient que des grèves qui auront lieu au mois d'avril, de mai et de juin 2005 seront suffisantes pour forcer le gouvernement du Québec à signer une convention collective au plus tard le 30 juin 2005, est dans une des trois situations suivantes : Premièrement, il ne dit pas la vérité à ses membres pour deux raisons. S'il est un chef syndical compétent, Il doit obligatoirement avoir fait une bonne analyse de la situation au Québec et il sait très bien qu'un échéancier pour la signature d'une convention collective au 30 juin 2005 est complètement irréaliste. En conséquence, il ne serait pas politiquement correct de dire haut et fort à ses membres que les journées de grève des mois d'avril, mai et juin 2005 ont été inutiles sauf pour faire économiser des dizaines de millions de dollars au gouvernement du Québec en salaire impayé. Ensuite, pour éviter que ses membres contestent son leadership en l'accusant de ne pas se battre assez fort contre le gouvernement du Québec, il doit dire à ses membres qu'il faut faire des journées de grève durant les mois d'avril, de mai et de juin 2005 pour faire plier le gouvernement au plus tard le 30 juin 2005. Si cette stratégie ne fonctionne pas, le chef syndical pourra toujours dire que les circonstances ont changé, que de nouveaux faits se sont produits, que le cadre budgétaire du gouvernement du Québec a changé, etc. Il faudra qu'il donne une explication même si cette dernière est peu crédible. Deuxièmement, il veut motiver ses membres pour les garder chaud pour les manifestations de l'automne 2005 et du printemps 2006. Cette stratégie peut augmenter temporairement l'enthousiasme des membres mais s'il n'y a pas de progression importante au niveau des négociations, le niveau d'intérêt des membres sera profondément affecté à la baisse. Troisièmement, il est convaincu qu'il dit la vérité à ses membres car il est incapable d'apprécier la réalité et de porter un bon jugement sur la capacité de résistance du gouvernement du Québec et du désir de ce gouvernement de régler toutes les conventions collectives en une seule ronde de négociation. Dans ce cas, ce chef syndical a un grave problème car il n'est pas capable d'évaluer correctement la situation et de prendre les bonnes décisions. Plusieurs dates ont été avancées par des chefs syndicaux comme date de signature d'une convention collective. Voici mes commentaires concernant différentes
dates possibles qui ont été mentionnées.
N'oubliez pas un point très important : en tout temps, si la situation dérape, le gouvernement du Québec peut faire adopter une loi spéciale pour mettre fin aux grèves et adopter un décret tenant lieu de convention collective et ainsi imposer des conditions de travail au nom de la "paix sociale" et de "l'intérêt supérieur" de la nation. Je ne peux évidemment pas prévoir cette situation. Ce que j'ai écrit ci-dessus concernant la date de signature de la convention collectives des fonctionnaires et des ouvriers membres du SFPQ, je l'ai dit avant de me présenter comme candidate à la présidence du SFPQ, je l'ai dit pendant ma campagne électorale et sur le plancher du Congrès qui a eu lieu du 4 au 9 avril 2005 au Centre des congrès de Québec et je continue à le dire après le Congrès. Le temps nous démontrera
qui était le plus réaliste dans l'appréciation de
la situation et ses prévisions.
[Haut]
Les conditions d'une grève efficace Revenons maintenant à la question de la grève. Tout personne qui a étudié un peu en relations industrielles, connaît les principes de base en matière de grève. Premièrement, pour qu’une grève soit efficace, elle doit faire mal à l’employeur ; elle doit lui causer un préjudice sensible qui est mesurable. Deuxièmement, une grève dans une entreprise privée n’a pas le même effet qu’une grève dans le secteur public. En effet, l’entreprise privée peut perdre des clients tandis que le secteur public n’en perd pas ; la prestation des services est retardée mais cela n’est généralement pas tragique. Troisièmement, avec l’adoption des articles 111.0.1 à 111.20 du Code du travail du Québec concernant les services essentiels, L.R.Q. chapitre C-27, le droit de grève est parfois réduit à sa plus simple expression. Lorsque les infirmières ont voulu exercer leur droit de grève en 1998, elles se sont heurtées au gouvernement péquiste de Lucien Bouchard qui n’a pas hésité à leur imposer une loi matraque pour mettre fin à leur grève. Il est vrai que les services essentiels étaient en cause et dans ce cas, une stratégie d’affrontement direct avec le gouvernement du Québec n’était certainement pas la meilleure alternative. Quatrièmement, une grève dure généralement 3 jours, 3 semaines ou 3 mois. Une grève de 3 jours signifie que les deux parties ont montré leur force et qu’elles ont convenu d’arrêter les frais avant que le conflit ne dégénère. Une grève de 3 semaines signifie que chacune des deux parties a voulu tester l’autre et a montré qu’elle était prête à assumer une perte assez importante mais qui pouvait être récupérée durant les 12 à 18 mois subséquents. Une grève de 3 mois signifie que
chaque partie est disposée à faire durer la grève
pour une des deux raisons suivantes : premièrement, les enjeux sont
trop importants et deuxièmement, la peur de perdre la face et d’amoindrir
son pouvoir.
La grève du Syndicat des employés de bureau et de magasin de la Société des alcools du Québec, le SEBMSAQ, illustre très bien le cas de la grève de trois mois. Les dirigeants du SEBMSAQ ont joué la négociation sur un coup de dés en pariant sur une grève de 3 semaines dans la période qui précède les Fêtes de Noël. Le choix de la période était adéquat et logique car c’est la période de l’année où les ventes sont les plus élevées pour la SAQ. Par contre, les dirigeants du SEBMSAQ ont sous-évalué la résistance des dirigeants de la SAQ et l’élasticité du marché de l’alcool au Québec. En Ontario, il y a des Liquor Store et des Beer Store et si le syndicat ferme ces deux catégories de magasin, il met l’Ontario au régime sec. Au Québec, la vente de la bière est largement répandue dans tout le réseau de l’alimentation de sorte que le SEBMSAQ n’a aucune influence sur ce marché. De plus, la vente du vin de qualité « ordinaire » est largement répandue dans tout le réseau de l’alimentation de sorte que la grève des employés de la SAQ n’a eu aucun effet réel sur le réseau de l’alimentation à l’exception de provoquer le doublement sinon le triplement des ventes de vin dans les épiceries. Ajoutez à cela la présence de quelques 400 agences de la SAQ qui sont demeurées ouvertes ainsi que l’ouverture d’environ 60 succursales de la SAQ durant la grève des employés de la SAQ et il est facile de conclure que les dirigeants du SEBMSAQ ont pris une décision risquée. L’ouverture du marché traditionnellement réservé aux succursales de la SAQ aux épiceries et aux agences a fait en sorte de diminuer grandement le pouvoir de pression ou de marchandage du SEBMSAQ. J’avais prévu une grève de 3 mois car je savais que la SAQ pouvait compter sur un réseau de 50 succursales, 400 agences et des milliers d’épiceries et de dépanneurs pour résister au SEBMSAQ et qu’après la grève de 3 semaines précédant la période de Noël, la pression sur la SAQ diminuerait et que la grève se ferait maintenant sur le dos des employés de la SAQ. La SAQ a utilisé une très bonne stratégie et a laissé le SEBMSAQ se brûler au point où un certain nombre d’employés de la SAQ étaient de mauvaise humeur et demandaient des comptes aux dirigeants du SEBMSAQ. [Haut]
La table était donc mise et la SAQ
n’avait plus qu’à attendre pour cueillir un fruit mûr.
Les dirigeants du SEBMSAQ n’avaient plus le choix ; ils devaient chercher de l’aide et la CSN leur a offert son aide en échange de leur intégration à la CSN. La SAQ et la CSN savaient maintenant qu’ils devaient régler le dossier assez rapidement car la CSN devait démontrer qu’elle était efficace et les dirigeants de la SAQ ne tenaient à poursuivre un conflit qui perdurerait trop longtemps maintenant qu’ils avaient cassé en partie le moral des employés de la SAQ. Il suffisait alors aux dirigeants de la SAQ de céder un peu de terrain à la CSN pour que cette dernière recommande l’acceptation du projet de convention en démontrant que l’intervention de la CSN avait été bénéfique. Pour la SAQ, le conflit est réglé, pour la CSN, elle a 3 000 nouveaux membres et pour les employés de la SAQ, ils peuvent entrer à l’ouvrage sans avoir la tête trop basse. Vous pouvez trouver cette analyse cruelle mais c’est la froide leçon qu’il faut en tirer. Cinquièmement, une grève
de 24 heures ou de 48 heures doit être utilisée uniquement
quand vous savez que cette grève provoquera le déblocage
des négociations.
Sixièmement, une grève dans la fonction publique ne peut être efficace que si l’employeur doit payer l’ensemble de ses employés alors que seulement un petit nombre d’employés font la grève et paralysent le cœur de l’appareil étatique. Soyons réalistes ! Il est impensable de penser paralyser entièrement l’appareil étatique pendant une longue période sans que l’Assemblée nationale adopte une loi spéciale ou que le gouvernement du Québec décrète les conditions de travail de ses employés. Il faut donc adopter un plan stratégique à trois niveaux. Premièrement, les services à la population doivent être maintenus pour éviter une législation spéciale. De toute manière, ces services ne représentent pas la plus grande partie des activités de la machine bureaucratique. Il faut donc maintenir ouverts les bureaux d’aide sociale, les comptoirs pour l’émission des permis de conduire et des cartes d’assurance maladie, l’accueil à la Régie des rentes du Québec, à la Commission de la santé et de la sécurité du travail, à la Commission des normes du travail, etc. Deuxièmement, il faut paralyser le reste de la machine bureaucratique par des grèves rotatives partielles territoriales ciblées et savamment planifiées pour désorganiser le fonctionnement de la machine bureaucratique. Cette désorganisation aura pour effet de paralyser lentement mais sûrement le fonctionnement de la machine bureaucratique. Après 1 semaine, les premiers effets visibles apparaîtront. Après 2 semaines, le ralentissement touchera tous les secteurs de la machine bureaucratique. Après 4 semaines, la machine bureaucratique sera virtuellement arrêtée avec à peine 10 à 15 % des fonctionnaires en grève. Ce plan se compare à un plan d’invasion comme le débarquement en Normandie ; chaque étape doit être planifiée et quelque soit la réaction du gouvernement du Québec, ce plan doit continuer à s’appliquer étape par étape. C’est le gouvernement du Québec qui doit subir notre plan d’action et non pas l’inverse. Nous allons amener le gouvernement du Québec sur notre terrain et c’est à cet endroit que nous le battrons. Troisièmement, il est important de faire sentir cette pression sur les députés et ministres libéraux de tout le Québec afin de créer chez eux un sentiment d’insécurité grandissant au point où ce seront les députés et ministres qui demanderont au gouvernement du Québec de signer une convention collective avec le SFPQ. Sans entrer dans les détails et sans cautionner les actions d’une grève dont plusieurs éléments échappent au contrôle des associations étudiantes, la grève des étudiants des collèges et université du Québec fait mal au gouvernement et les députés et ministres libéraux de tout le Québec ont un sentiment d’insécurité si grand qu’ils pressent le gouvernement d’intervenir pour régler ce dossier qui est politiquement indéfendable. Dans ce cas, les étudiants ne font pas des grèves de 24 heures ou de 48 heures mais une grève illimitée car c’est le seul moyen de faire bouger le gouvernement du Québec. Par contre, comme les étudiants n’ont pas de salaire, ils ne perdent rien contrairement aux membres du SFPQ qui perdraient beaucoup s’ils devaient s’engager dans un mouvement de grève générale illimitée. Si le SFPQ déclenche une grève qui pourrait avoir pour effet de perturber l'accès aux principaux édifices gouvernementaux et de ralentir ou d'arrêter le fonctionnement de la machine de l'État, le gouvernement du Québec pourrait déposer une requête en Cour supérieure pour obtenir une injonction visant l'accès aux principaux édifices gouvernementaux. Le jugement accordant l'injonction pourrait contenir des conclusions qui limiteraient plus ou moins la marge de manoeuvre des grévistes dans la mesure où l'accès aux principaux édifices gouvernementaux est assuré et les services essentiels maintenus. En effet, si nous prenons l'exemple des injonctions obtenues par la Société des alcools du Québec contre le Syndicat des employés de bureau et de magasin de la Société des alcools du Québec, le SEBMSAQ, nous pouvons en déduire que l'injonction que le gouvernement du Québec pourrait obtenir, pourrait avoir les effets suivants : Premièrement, l'injonction peut limiter le nombre de piqueteurs à chaque entrée d'une édifice gouvernemental ou d'un stationnement d'un édifice gouvernemental à un maximum variant entre cinq et dix piqueteurs. En effet, il n'est pas dans la pratique des tribunaux d'interdire complètement le piquetage mais plutôt de le limiter. Deuxièmement, l'injonction peut imposer le respect d'une certaine distance entre la ligne de piquetage et l'entrée d'une édifice gouvernemental ou d'un stationnement d'un édifice gouvernemental de manière à permettre un accès assez libre à cet édifice gouvernemental. Dans un tel cas, la distance à maintenir entre la ligne de piquetage et l'entrée de cet édifice gouvernemental pourrait varier entre 10 et 50 mètres. La distance est également fixée en fonction du niveau d'obstruction des grévistes. Troisièmement, l'injonction peut identifier spécifiquement certains édifices devant lesquels le piquetage pourrait être totalement interdit ou fortement limité. Il n'est pas déraisonnable de penser que l'injonction pourrait interdire le piquetage devant un palais de justice ou devant tout édifice dans lesquels il y a d'autres locataires que le gouvernement du Québec afin de protéger le droit de ces locataires d'avoir accès à leurs bureaux. Par exemple, dans l'édifice qui abrite le siège social de la Société de l'assurance automobile du Québec à Québec, il n'y a que des bureaux de la Société. Par contre, comme le public a accès à certaines parties de l'édifice pour obtenir des services offerts par la Société, une injonction pourrait limiter ou encadrer sévèrement le piquetage pour permettre à la société d'offrir des services au public. Quatrièmement, l'injonction peut s'appliquer pendant une période de grève déterminée comme le lundi 2 mai 2005 ou pendant une plus longue période comme la période comprise entre le 2 mai 2005 et le 30 juin 2005. La durée de la période de la mise en force de l'injonction sera fondée, premièrement, sur les conclusions de la requête en injonction du gouvernement du Québec car le juge ne peut pas aller au-delà des conclusions écrites dans la requête du gouvernement du Québec, deuxièmement, sur la preuve qui sera faite par les avocats du SFPQ et, troisièmement, sur les conclusions que le juge tirera de l'analyse de la preuve qui a été faite devant lui. Donc, le gouvernement du Québec peut obtenir une injonction aux conditions demandées ou avec des conditions moins avantageuses pour lui. Il peut même arriver que la Cour supérieure refuse d'accorder une injonction au gouvernement du Québec si le juge en vient à la conclusion que la requête du gouvernement du Québec n'est pas justifiée. Évidemment, chaque requête en injonction doit être analysée et le jugement de la Cour supérieure peut être différent d'une requête à l'autre. C'est une des raisons pour laquelle je
dis qu'il faut planifier une stratégie de grève innovatrice
pour frapper le gouvernement du Québec là où il est
plus sensible et là où il ne peut pas nous voir venir.
Si un château possède quatre portes, une en bois, une en fer, une en béton et une en granit avec une armée pour la défendre, pourquoi vouloir à tout prix attaquer la porte en granit qui est défendue en plus par une armée. Si le but est d'entrer dans le château, je préfère attaquer la porte en bois qui cèdera plus facilement face à mon attaque. Ainsi, j'économiserai le nombre de grévistes requis ainsi que le coût à prélever dans le fonds de grève et je pourrai écraser l'ennemi plus rapidement . Par exemple, si le SFPQ déclenche une grève avec les fonctionnaires du Ministère du revenu dans l'édifice Marly à Québec, pourquoi le SFPQ devrait-il garder ces piqueteurs devant le Ministère du revenu où ils seront inefficaces? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les gros hôpitaux de la région de Québec? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les bureaux des commissions scolaires? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les écoles? De cette manière, les piqueteurs pourraient empêcher des milliers d'autres travailleurs du gouvernement du Québec d'entrer à leur travail? De plus, les piqueteurs pourraient empêcher des milliers d'enfants d'allers à l'école? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les locaux des casinos? De cette manière, des milliers de joueurs n'auraient plus accès aux casinos sans compter que cela empêcherait des milliers de québécois de s'appauvrir? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les centres de Congrès de Québec, Montréal et Gatineau pour paralyser des congrès qui attirent des milliers de congressistes? Pourquoi ces piqueteurs ne suivraient-ils pas à la trace des députées et des ministres pour leur faire sentir la présence de ces grévistes? Pourquoi ces piqueteurs ne sont-ils pas présents à toutes les activités publiques ou politiques des ministres et députés pour les dénoncer et interrompre le bon déroulement de leurs activités? Pourquoi ces piqueteurs ne sont-ils pas présents à toutes les conférences de presse des ministres et députés pour les dénoncer et interrompre le bon déroulement de leurs activités? Pourquoi ces piqueteurs ne sont-ils pas présent à toutes les activités publiques des gens d'affaires ou des chambres de commerce pour interrompre le bon déroulement de ces conférences de presse? Pourquoi ne pas déplacer la majorité de ces piqueteurs devant les jardins zoologiques, aquariums, parcs publics, planétariums, musées, etc.? Pourquoi l'exécutif du SFPQ ne fait-il pas preuve d'imagination et se limite-t-il à des grèves "politiquement correctes" ? Pour qu'une grève soit efficace, elle doit faire mal si non, ce ne sont que des économies d'argent pour le gouvernement du Québec. Alors, quand l'exécutif du SFPQ fera-t-il une bonne analyse de la situation et adoptera-t-il un plan stratégique pour obtenir la signature d'une convention collective et non pas pour donner en cadeau des dizaines de millions en économies de salaire au gouvernement du Québec? Pour obtenir la signature d'une convention collective, il faut un plan stratégique efficace. L'exécutif du SFPQ en a-t-il un? NON" Le problème du gouvernement du Québec est très simple ; ce gouvernement s’est enfermé dans une logique qui le conduit à commettre erreur sur erreur et parce qu’il ne veut pas admettre qu’il a commis des erreurs, il commet une erreur encore plus grande en s’enfermant dans son erreur. Dans l’armée, il arrivait qu’on s’amuse de certaines erreurs commises par des généraux en disant ceci : « Un général ne doit jamais se rendre, même à l’évidence. » [Haut]
Le gouvernement du Québec peut commettre
des erreurs mais il ne faut pas oublier que l’exécutif du SFPQ peut
aussi commettre des erreurs.
Comme je l’ai mentionné précédemment, tous les moyens de pression peuvent être efficaces mais il faut choisir le bon moyen au bon moment. Personnellement, je n'aime pas l'idée de donner 2 jours de salaire au gouvernement du Québec pour une grève inutile et inefficace. Par contre, je suis disposée à donner 1 semaine ou même 1 mois de salaire au gouvernement du Québec si cela peut conduire à la signature d’une convention collective. Je suis prête à faire ce sacrifice ; êtes-vous prêts à faire de même ? J’entends déjà des commentaires de personnes qui diront que je fais preuve de défaitisme et que mon attitude est antisyndicale, que j’ai une attitude qui sape le moral des troupes et que je suis contre les moyens de pression. Rien n’est plus faux ! Dans l’enseignement, j’ai participé à des grèves qui ont eu comme conséquence que le gouvernement péquiste de René Lévesque a adopté en 1982 une loi spéciale qui a eu pour effet d’ordonner le retour au travail, de couper notre salaire de 20 %, d’enlever une année d’expérience dans le calcul de l’augmentation de salaire, etc. Les plus vieux d’entre vous savent très bien de quoi je veux parler et tout comme vous, « Je me souviens ». Je ne veux pas participer à cette grève de 48 heures car je considère qu’il s’agit d’un simple moyen de visibilité pour faire un spectacle médiatique qui permettra à l’exécutif du SFPQ de dénoncer les décisions du gouvernement du Québec avec quelques centaines de manifestants derrière eux mais qui n’apportera rien pour accélérer la signature d’une convention collective. Je veux que le SFPQ prenne des moyens réels pour mobiliser les membres et déclencher des grèves rotatives partielles territoriales ciblées dans le cadre d’un plan précis avec un échéancier précis et un but précis en tête, à savoir la signature d’une convention collective. Rien de plus et rien de moins. La négociation dure depuis 3 longues années et l’exécutif du SFPQ n’a jamais adopté un plan d’action pour contrer les décisions du gouvernement du Québec. Les coupures de personnel et le gel des salaires étaient prévisibles car cela se reproduit à chaque année ! Pourquoi l’exécutif du SFPQ n’était-il pas prêt ? Je suis prête à faire une vraie grève conduite par des leaders qui l’auront bien planifiée. Cela ne me dérange pas de perdre 1, 2, 5 ou même 10 batailles à condition de gagner la guerre. Le SFPQ doit mettre au point un plan de grèves rotatives partielles territoriales ciblées dont le but sera la paralysie fonctionnelle de la machine bureaucratique du gouvernement du Québec au plus tard le 15 juin 2005 ce qui suppose le début des opérations pour le 1er mai 2005. Vous me demanderez alors quelle devrait être la politique du SFPQ ? Faire la guerre ! Vous me demanderez alors quel sera le but de cette guerre ? Obtenir la signature d’une convention collective ! Il est temps de cesser de faire des réunions dans des salons feutrés où il n’y a pas de négociation pour passer maintenant à une véritable négociation qui sera appuyée par des moyens de pression proportionnels. Il faut que les députés et ministres libéraux en fassent des cauchemars. Ensemble, nous pourrons obtenir la signature
d’une convention collective.
|
|
Micheline Anne Hélène Montreuil Note
importante pour toute recherche
|
Micheline Anne Hélène Montreuil |
[Haut]