![]() |
Une grande victoire pour les trans Par Claudine Metcalfe du magazine Fugues de Montréal |
Une
grande victoire pour les trans
L’affaire
Pierre - Micheline Montreuil
Les transsexuels et les transgenres sont, depuis quelques semaines, sur toutes les tribunes, tant à la télévision que dans les journaux. On les invite aux tables rondes, au journal télévisé, dans les cahiers spéciaux des journaux et magazines. La bataille menée par Micheline Montreuil y est pour quelque chose.
Rappelons que la plus connue des transgenres du pays a gagné une cause importante en novembre. Après cinq ans et deux mois de batailles juridiques, Pierre Montreuil a obtenu de la Cour d'appel du Québec le droit d'ajouter le prénom Micheline à son acte de naissance.
Pour le juge Delisle, l'ajout du prénom
Micheline n'est pas un caprice. "La demande résulte strictement
d'un trouble d'identité sexuelle. Elle commande la compassion",
écrit le magistrat. "Je vais enfin avoir un permis de conduire et
une carte de membre du Barreau sous le prénom de Micheline. Mais
le plus important, je vais récupérer mon droit de vote au
Québec", de commenter Me Montreuil. Le nom de Micheline Montreuil
avait été rayé de la liste électorale québécoise
parce que cette personne n'existait pas légalement. "Imaginez, moi
qui ai toujours fait mon devoir d’honnête citoyenne, on m’a enlevé
le droit de vote! C’est absurde!" lance-t-elle.
La lutte
"Micheline Montreuil existe officiellement" annonçaient en substance les journaux du 12 novembre. L'avocat de Québec, qui a mené une lutte acharnée contre le directeur de l'État civil, aura pour nom officiel Joseph Pierre Micheline Yves Papineau Montreuil. C'est à deux contre un que les juges de la Cour d'appel ont donné raison à Micheline. Les juges n'ont pas permis que les prénoms Joseph et Yves soient enlevés. "Oui, Louis-Joseph Papineau est mon arrière-arrière- grand-père", nous apprend Micheline en entrevue. Du grand homme politique, elle a hérité du sens de la justice et du courage dans la bataille.
Certains se moquent d’elle en disant qu’elle poursuit tout le monde. "Eh bien, au départ ce n’était pas mon intention, mais puisqu’il le faut, je poursuis ceux qui m’empêchent de vivre à cause de règles compliquées, contradictoires et injustes! C’est la seule façon de gagner ma dignité. Depuis que l’on m’a mise à pied au travail, je mène un combat sans merci. Ils m’ont poussée à bout. Comme le disait Churchill : ’’Ce n’est pas la fin, c’est la fin du commencement!’’"
Pourtant, jusqu’en 1997, rien ne laissait voir une battante en elle. Elle décide cependant de mettre les gants de boxe et de lutter contre les injustices dont elle est victime. "Je ne suis pas quelqu’un qui aime l’adversité. Comme avocate spécialisée en causes de divorce, j’étais reconnue pour la médiation, les ententes mutuelles et les compromis. Je ne suis pas une guerrière, j’aime la paix. Mais, à un moment donné, je n’en pouvais plus et j’ai décidé de foncer dans les dédales juridiques", raconte-t-elle avec modestie.
On se souviendra qu’en 1997, Me Montreuil
a perdu son emploi comme professeur en droit au Collège Garneau,
parce que des gens l’avaient vu habillé en robe au centre commercial.
"C’est là que toute la lutte a commencé. J’ai porté
un grief, monté des plaintes, des demandes devant les tribunaux.
J’ai suivi toutes les étapes, j’ai mené toutes les luttes",
explique celle qui est encore toute secouée par les incongruités
rencontrées. "Une chance que je suis avocate! Le commun des mortels
s’y serait perdu bien vite!"
La reconnaissance des siens
Micheline a fait ces longues et fastidieuses démarches à la fois pour sa propre reconnaissance mais aussi pour tous les transsexuels du Québec qui n’ont ni les moyens financiers ni les ressources pour faire reconnaître leurs droits. "Imaginez la somme faramineuse que j’aurais dû investir si je n’étais pas une experte en droit? Des dizaines de milliers de dollars? Une centaine? Qui aurait les moyens de mener cette lutte? De plus, je regrette que les autres soient si fragilisés. C’est incroyable de voir que les transsexuels et les trangenres demeurent cachés, soumis par la peur, par le jugement des autres. Personne ne semble prendre leur défense. Ce sont les gens les plus sévèrement jugés par la société", regrette Me Montreuil. Elle est attristée mais aussi encouragée de constater que sa sortie permet à d’autres filles de s’assumer, de gagner de l’estime d’elles-mêmes. "Je repense au slogan de l’élection de 1976 quand, au PQ, on disait Demain nous appartient. Je l’appliquerais pour toutes les transgenres qui souffrent…", nous dit Micheline.
"Le message que j’aimerais passer est que je n’ai qu’une vie à vivre et que je veux la vivre à ma façon, comme je l’entends, avec toute l’intensité désirée. Je me suis donné le droit de la vivre comme je le veux, mais surtout je suis allée chercher mes droits pour la vivre comme il m’est permis de le faire", explique-t-elle.
Micheline Montreuil est attristée aussi de voir que les communautés des gais et des lesbiennes n’acceptent pas facilement la société des transgenres. "Les gais et les lesbiennes, comme tout le monde, ont souvent la mémoire courte. Qui ont été les premiers sur les barricades? Qui se souvient de celles qui ont offert une résistance aux policiers à Stonewall?" rappelle Micheline. Les gais et lesbiennes ont récupéré cette manifestation, mais ce sont les transsexuelles et les travestis qui donnaient les coups de talons hauts et de bouteilles de bière…
En plus de l’ignorance crasse des gais et des lesbiennes, Micheline est sensible au mépris dont elle est victime. "On s’imaginerait que les communautés homosexuelles sont plus ouvertes, mais ce n’est pas le cas", déplore l’avocate. En effet, pour les lesbiennes, elle n’est pas une femme, mais un gars qui s’habille avec des objets attribués au genre féminin (souliers à talons hauts, bijoux, cheveux longs, dentelles, robes sexy, etc.). Pour certains gais, l’image choquante et ambiguë projetée par Micheline vient mélanger les discours et peut jeter un discrédit sur la cause de la reconnaissance des droits des gais.
L’importance de l’humain
Avec sa conjointe Michèle Morgan,
Micheline Montreuil mène une vie de couple rangée. L'avocate
Michèle Morgan (qui parle encore de Micheline au "il") affirme que
son attirance provient d'un profond sentiment, un véritable coup
de cœur pour un être magnifique. "C’est l’amour entre deux humains
qui importe, pas les modèles imposés par la société
qui définit tout rapport en lien binaire. Il faut être plus
imaginatif et laisser son cœur parler, le laisser s’imprégner d’amour,
le laisser ouvert, sans préjugés", conclut Me Montreuil.
Copyright © 2002 Magazine Fugues.
Tous droits réservés.
------------------------------------------------------------------------
|
Micheline Anne Montreuil
|
Micheline Anne Montreuil
|
||||||||