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Micheline Anne Hélène Montreuil dans le journal Le Soleil


Mardi 12 novembre 2002

Pierre peut s'appeler Micheline

Par Guy Benjamin du journal Le Soleil de Québec


 

Micheline Montreuil existe officiellement. Après cinq ans et deux mois de batailles juridiques, Pierre Montreuil obtient de la Cour d'appel du Québec le droit d'ajouter le prénom Micheline à son acte de naissance.

L'avocat de Québec, qui a mené une lutte acharnée contre le directeur de l'État civil, aura pour nom officiel Joseph Pierre Micheline Yves Papineau Montreuil. C'est à deux contre un que les juges de la Cour d'appel ont donné raison à Micheline, qui se décrit comme un transgenre. Les juges n'ont pas permis que les prénoms Joseph et Yves soient enlevés.

Joint à son travail aux bureaux du ministère du Revenu à Laval, Micheline Montreuil s'est dite très heureuse du dénouement juridique de sa cause. « Reste à régler toute la dimension humaine, la tolérance, l'acceptation par la société des transgenres », a-t-elle ajouté.

Les transgenres sont des personnes qui sans changer de sexe, décident de vivre sous l'apparence vestimentaire de l'autre sexe d'une façon régulière, et non pas juste à l'occasion comme un travesti. Les juges Thérèse Rousseau-Houle et Jacques Delisle donnent raison à Micheline, qui a déjà essuyé trois refus de la part du directeur de l'État civil. La Cour d'appel se penchait sur cette question pour la deuxième fois. En novembre 1999, le plus haut tribunal au Québec décrétait que Me Montreuil devait démontrer l'usage étendu et prolongé du prénom Micheline pendant cinq ans.

Techniquement, une quatrième demande aurait dû être déposée après novembre 2003. Au lieu d'attendre cette date, Micheline a demandé à la Cour d'appel de réviser le troisième refus du directeur de l'État civil.

Il ne paraît qu'il serait déraisonnable d'obliger le requérant à présenter une quatrième demande en 2003, écrit la juge Rousseau-Houle. Elle arrive à cette conclusion en tenant compte que Me Montreuil a commencé à s'identifier sous le prénom de Micheline et à vivre sous l'apparence d'une femme depuis 1986.
 
 

La compassion

Pour le juge Delisle, l'ajout du prénom Micheline n'est pas un caprice. « La demande résulte strictement d'un trouble d'identité sexuelle. Elle commande la compassion », écrit le magistrat.

Tel que pathétiquement plaidé à l'audience, l'appelant souffre d'un sentiment permanent d'inconfort par rapport à son véritable sexe, peut-on lire dans les motifs du juge Delisle. Il avait d'abord tranché la question de la confusion créée par l'usage d'un nom féminin par un homme. À ses yeux, seule la coutume fait en sorte que les prénoms Françoise, Lucie ou Huguette sont associés à des femmes. « Ils ne sont pas pour autant l'apanage du sexe féminin, pas plus que le pantalon est l'exclusivité de l'homme, ou la jupe, celle de la femme », écrit le juge Delisle.

Quant au juge Morin, qui aurait rejeté la demande, il n'admet pas l'entêtement d'exiger le changement immédiatement de la part du directeur de l'État civil. Il aurait quant à lui exigé que Me Montreuil dépose une quatrième demande de changement de nom, après avoir utilisé pendant cinq ans le prénom Micheline.

« Je vais enfin avoir un permis de conduire et une carte de membre du Barreau sous le prénom de Micheline. Mais le plus important, je vais récupérer mon droit de vote au Québec », de commenter Me Montreuil.

Le nom de Micheline Montreuil a été rayé de la liste électorale québécoise en août parce que cette personne n'existait pas légalement, d'expliquer Micheline. Imaginez, je travaille pour le gouvernement sous le prénom Micheline, mais je n'avais pas le droit de voter sous ce nom.

Selon Me Montreuil, le Québec compterait quelques centaines de transgenres, mais peu veulent le montrer, par crainte de représailles, surtout au chapitre de l'emploi. Me Montreuil a perdu son emploi au cégep F. X. Garneau en 1997. Il lui a fallu attendre au printemps de cette année avant d'en retrouver un, celui d'agent de recouvrement au ministère du Revenu.

Il travaille sous le prénom de Micheline, vêtu (e) en femme. Mais la quasi-totalité du travail se fait par téléphone. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Les 700 demandes d'emplois en cinq ans ont résulté en 15 entrevues. « Un seul employeur a eu le courage de me dire qu'il ne m'engageait pas à cause de mon habillement », de dire Micheline Montreuil.
 

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HEUREUX OU HEUREUSE ?

En autorisant Pierre Montreuil à utiliser le prénom Micheline, la Cour d'appel n'a pas tranché la question de la sémantique. Me Montreuil a répété devant les tribunaux qu'il n'a pas l'intention de changer de sexe.

Doit-on dire que Micheline est heureux, puisqu'il demeure un homme, ou heureuse en raison du prénom féminin.

Les trois juges n'ont rien fait pour éclaircir la situation.

Dans ses motifs, la juge Thérèse Rousseau-Houle utilise le féminin en parlant de l'appelante. Le juge Jacques Delisle utilise le masculin. Quant au juge Benoît Morin, il commence à expliquer ses motifs par " la personne qui se pourvoit devant notre cour est un homme ". Il utilise par la suite le masculin.

Micheline, pour sa part, dit inscrire féminin lorsque requis d'inscrire son sexe sur un formulaire.

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